« 25 août 1856 » [source : Bnf, Mss, NAF 16377, f. 221], transcr. Mélanie Leclère,, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3956, page consultée le 24 janvier 2026.
Guernesey, 25 août 1856, lundi après-midi, 4 h. ½
Cher adoré, voici bientôt la limite extrême de la journée et tu n’es pas encore venu me voir une pauvre petite fois. Cependant, tu sais que je n’ai pas d’autre joie que toi, pas d’autre bonheur au monde que de te voir. Il faut que tu sois bien occupé pour que ta bonté habituelle ne t’ait pas encore poussé vers moi. Du reste, je sais combien tu as de choses à faire et je ne m’étonne pas de ton absence, seulement je ne peux pas m’empêcher d’en être triste. J’ai pioché toute la journée comme une pauvre MALCENAIRE1 pour donner mon linge tout raccommodé à la blanchisseuse, mais j’ai beau faire, la journée me semble bien longue, les heures bien lourdes et le temps bien maussadea loin de toi. Quand je pense que je suis peut-être une gêne ou un ennui pour toi malgré tout mon courage et toute ma résignation, je me reproche de vivre trop longtemps et de t’aimer trop. Et pourtant, il est impossible d’être plus adorablement bon que tu l’es pour moi. Voilà, mon cher adoré, ce que ton absence prolongée m’inspire d’absurde et de contradictoire. Je souffre, mon bon petit homme, pardonne-moi et viens me voir le plus tôt que tu pourras. En attendant, je te gribouille tout ce qui me passe par le cœur. Justement, te voilà. Je ne souffre plus, je suis contente, je suis heureuse.
J.
1 Expression empruntée à la quatrième lettre du Rhin ou Victor Hugo rapporte des dialogues entendus lors de changements de chevaux entre Mézières et Givet : « Il travaille toujours. Il travaille pire qu’un malsenaire », prononciation déformée de mercenaire, Le Rhin, volume « Voyages », Œuvres complètes, édition dirigée par Jacques Seebacher et Guy Rosa, Paris, Robert Laffont, 1985, 2002, p. 40.
a « maussades ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle offre à Hugo, qui emménage à Hauteville House, le costume de théâtre qu’elle portait dans Lucrèce Borgia, et s’installe près de chez lui, à la Fallue.
- 23 avrilLes Contemplations paraissent à Paris et à Bruxelles.
- 16 maiHugo achète Hauteville House (38, Hauteville).
- 21 juilletJuliette offre à Hugo la robe violette brochée d’or qu’elle portait dans Lucrèce Borgia.
- 5 novembreHugo et les siens emménagent à Hauteville-House.
- NovembreJuliette emménage à La Fallue, à proximité de Hauteville-House.
- Début décembreDébut d’une grave maladie d’Adèle, fille de Hugo (crises de nerfs, délire, fièvre, gastro-entérite aiguë).
